Voix en miroir et solitude
Deux violons se cherchent, se frôlent, se répondent, puis, peu à peu, une seule voix demeure. … Les œuvres ici réunies ne sont pas des traces du passé : ce sont des présences vivantes, dont le violon est le témoin et qu'il prolongera bien au-delà de nous.
-
Voix en miroir et solitude
Le violon est un instrument étrange. Sa forme n'a pratiquement pas changé depuis quatre siècles (mêmes courbes, même bois, mêmes cordes) comme si elle avait trouvé sa vérité une fois pour toutes. Et pourtant il reste humble : il ne peut chanter qu'une voix à la fois, et s'appuie volontiers sur une basse. Mais lorsqu'il est seul, cette humilité porte en elle sa puissance : il doit tout faire, la mélodie, l'harmonie, le rythme.
C'est peut-être pour cela qu'il traverse si bien les siècles. La passacaille, la chaconne, le duo, ces architectures reviennent, intactes, habitées chaque fois autrement. Les œuvres ici réunies ne sont pas des traces du passé : ce sont des présences vivantes, dont le violon est le témoin et qu'il prolongera bien au-delà de nous.
Ce soir, ces mêmes formes dessinent un chemin : de la présence partagée à l'espace intérieur. Deux violons se cherchent, se frôlent, se répondent, puis, peu à peu, une seule voix demeure. Dans les duos, le son est un miroir : les lignes se prolongent, se complètent, parfois se confondent ; la musique jaillit de ce partage, et du regard que chacun porte dans le son de l'autre.
Puis l'une des voix se retire. Le violon reste seul, une seule ligne tendue dans le silence. Biber ouvre cet espace avec une basse obstinée, autour de laquelle un florilège de variations s'épanouit, inépuisable. Bach pousse cette idée à l'extrême : la Partita BWV 1004 culmine dans la Chaconne, quinze minutes où un seul archet contient un monde entier, danse, prière, vertige.
Et enfin Mazzoli, "Dissolve, O my heart" traverse la matière de l'intérieur, comme une lente transformation. Le cœur ne se brise pas. Il s'ouvre.